Le 10 juillet, 99 départements comptaient au moins une zone soumise à restriction d’usage. Le compteur national a plafonné ce jour-là et n’a plus bougé depuis. Ce qui a bougé, c’est sa composition : 42 départements comptaient des zones placées en crise à la mi-juillet, 78 le 21 août, 74 au 11 septembre. Le reflux est réel, mais ceux qui quittent la crise redescendent d’un cran au lieu de sortir du dispositif. Le bilan saisonnier de Météo-France, publié le 3 septembre, donne l’ordre de grandeur : l’été 2026 est le plus chaud jamais mesuré en France, avec 24,0 °C de moyenne, 53 jours de vague de chaleur sur 92 contre 33 en 2022, et un déficit de pluie proche de 40 %, deuxième été le moins arrosé depuis 1959. Juillet, à lui seul, est devenu le mois le plus chaud jamais observé dans notre pays, tous mois confondus, et la sécheresse des sols a dépassé le record de 2022.
Un compteur qui plafonne ne dit plus rien de la situation. Il dit seulement que nous avons atteint le plafond de ce que la restriction sait faire. Car la restriction gère la pénurie, elle ne gère pas la ressource. Elle protège les usages prioritaires, et c’est indispensable. Mais elle n’ajoute pas un mètre cube. Et les nappes, elles, ne se remplissent pas : au 1ᵉʳ septembre, 61 % des points suivis par le BRGM restaient sous les normales de saison et 90 % étaient encore en baisse ; à la même date, l’Office français de la biodiversité relevait 1 424 cours d’eau de tête de bassin en rupture d’écoulement ou en assec, soit 30 de plus qu’en 2022. Interdire d’arroser un jardin n’a jamais rempli une nappe.
Ce qui ajoute des mètres cubes, c’est l’eau qui tombe déjà sur nos toitures et qui traverse déjà nos bâtiments. La technologie n’est pas le frein : elle est installée, éprouvée, industrialisée, et nos adhérents la déploient depuis des années. Ce qui manque n’est pas un procédé, c’est une méthode partagée : sobriété, stockage, traitement, valorisation.
L’été n’a pas produit que des records. Il a aussi produit des avancées. L’arrêté du 29 juillet 2026, publié au Journal officiel le 14 août et entré en vigueur le lendemain, ouvre à titre expérimental de nouveaux usages domestiques des eaux impropres à la consommation humaine et ajuste, au passage, le régime général issu de l’arrêté du 12 juillet 2024. L’ATEP avait versé 39 observations à la consultation publique de juin : une dizaine ont été reprises dans le texte publié. Une profession qui répond, argumente et documente pèse sur la règle. Le dispositif s’est complété depuis : la démarche de dépôt des demandes d’autorisation préfectorale, dont aucun modèle n’était disponible à l’entrée en vigueur du texte, est désormais accessible en ligne sur demarche.numerique.gouv.fr. Autre signal : plusieurs préfectures ont écrit noir sur blanc, dans leurs arrêtés sécheresse, que l’interdiction d’arroser ne visait pas l’eau de pluie récupérée. La pratique mérite d’être partagée, car aujourd’hui encore, la possibilité d’utiliser sa réserve dépend de la rédaction retenue dans son département. Harmoniser ces rédactions n’assouplit aucune restriction de fond : c’est un chantier accessible, et il économiserait de l’eau potable dès l’été prochain.
Nous l’avons porté publiquement tout l’été. Dans Le Moniteur en juillet, sur la nécessité de rendre obligatoires les études de faisabilité de sobriété dans les projets. Dans La Croix le 26 août, sous un titre qui résume notre conviction : nous accaparons l’eau au lieu de l’utiliser deux fois. Dans La Lettre du Maire le 1ᵉʳ septembre enfin, pour détailler aux élus les usages que l’arrêté du 29 juillet vient d’ouvrir.
Reste la question de cette rentrée : où va-t-on chercher les mètres cubes ? Le premier poste de consommation d’eau potable en France, c’est le logement. Près de 150 litres par jour et par habitant, quand le programme de recherche publique SobriEau vise une cible de l’ordre de 50 litres. L’essentiel de ces usages n’a jamais exigé la qualité potable : chasses d’eau, lavage, arrosage. Près de la moitié des résidences principales relèvent de l’habitat collectif. C’est là que les volumes sont, et c’est là que la mutualisation rend finançable ce qu’une maison individuelle porte rarement seule.
Les ordres de grandeur sont désormais connus. Une résidence de 124 hébergements pour jeunes actifs, dont le chantier démarre cette année : la buanderie commune y fonctionnera à 92 % d’autonomie en eau de pluie, pour environ 20 000 €. Un projet de cinq logements sur une île bretonne, encore au stade du concours, 85 % d’autonomie visés, là où c’est la ressource, et non le foncier, qui conditionne la constructibilité. Un bâtiment du Village des Athlètes qui recycle près de 90 % de ses eaux grises et noires. Ces opérations et une dizaine d’autres composent l’Essentiel ATEP #10, « Transition hydrique et logement collectif », que nous venons de publier. Barcelone, elle, a tranché : depuis le 19 juillet, le recyclage des eaux grises y est obligatoire dans les immeubles neufs de seize logements et plus comme dans les réhabilitations lourdes, et le permis de construire n’y est pas instruit si le projet ne l’intègre pas dès la conception. Une règle locale, simple, calée sur la taille des bâtiments a suffi.
Deux échéances vont maintenant fixer le rythme. Le projet de loi « Relance et décentralisation du logement », adopté par le Sénat le 8 juillet et transmis à l’Assemblée nationale dès le lendemain, vise deux millions de logements d’ici 2030. Il est engagé en procédure accélérée : une seule lecture par chambre, et la session ordinaire s’ouvre le 1ᵉʳ octobre. La fenêtre est courte. Chaque logement neuf ou rénové est une occasion qui ne reviendra pas avant plusieurs décennies : équiper à la conception coûte trois à cinq fois moins cher que réhabiliter ensuite. Quelques questions méritent d’être versées au débat. L’eau sera-t-elle examinée au même titre que l’énergie ? Un projet doit-il évaluer son potentiel hydrique en amont, comme il évalue déjà son approvisionnement énergétique ? La performance en eau d’un logement peut-elle rester invisible à la vente et à la location, alors que sa performance thermique ne l’est plus ?
La seconde échéance se joue à l’autre bout du bâtiment. La transposition de la directive DERU 2, attendue avant le 1ᵉʳaoût 2027, abaisse le seuil d’application de 2 000 à 1 000 équivalents-habitants et reconnaît expressément les systèmes individuels lorsque la collecte est sans intérêt sanitaire ou environnemental, techniquement irréalisable ou d’un coût excessif. Pour les cinq millions d’installations d’assainissement non collectif, c’est le rendez-vous réglementaire de la décennie. Nous y reviendrons en détail dans ces colonnes.
Les solutions existent. Les entreprises sont là. Le cadre s’ouvre. Ce qui reste à construire, c’est l’alignement des dispositifs publics sur ce que la ressource impose. Ne bâtissons pas deux millions de logements sans avoir posé la question de l’eau. Après l’été que nous venons de vivre, ce ne serait plus une négligence : ce serait un choix.
Retrouvez l’ensemble de nos Essentiels ici : atep-france.fr/fr/category/les-essentiels/
Et nos 10 propositions ici : atep-france.fr/fr/atep-qui-sommes-nous/nos-propositions/